Forces spirituelles 

Je suis née d’une famille catholique peu, voire nullement, pratiquante, mais dont les croyances sont bien ancrées. Personnellement, j’imagine qu’il doit y avoir quelqu’un, en haut, et qu’après la mort, les âmes de nos corps doivent aller quelque part, du moins, j’aime le croire. Toutefois, les religions que je connais ne sont pas assez concrètes à mes yeux dans leurs réponses et fonctionnement. Je n’y adhère donc pas. Je ne dénigre personne les pratiquant, car je comprends qu’elles répondent à certaines questions fondamentales que même la science peine à expliquer, qu’elles représentent, à la base, de belles valeurs et qu’elles guident des gens du monde entier à travers leur vie.
Tout ça pour dire qu’hier soir, j’ai pris part à une conversation fort intéressante. Autour de la table, il y avait un Africain catholique très pratiquant (genre c’est écrit « Que le sang de Jésus me couvre » sur sa moto), deux Suissesses, dont une catholique pratiquante et une autre dont je ne connais pas les croyances, mon copain, avec qui je partage sensiblement la même vision, à quelques exceptions près, et moi. La partie intéressante ici est « l’Africain catholique ». Il n’y a rien de surprenant là-dedans, je sais, mais c’est très très intéressant. Je m’explique. L’Europe a évangélisé l’Afrique, au point où le Christianisme (et aussi l’Islam) est pratiqué par une majorité. Les premiers noirs qui ont partagé la vision des blancs se sont faits torturer à mort pour avoir renier l’animisme, croyance de leurs ancêtres. Ça montre à quel point les gens croyaient en cette nouvelle idéologie amenée du Nord par les blancs. Notre ami togolais fait partie de la population qui fut évangélisée. Toutefois, malgré ses croyances personnelles solidement ancrées, de par ses cours de cathéchisme qui lui ont enseigné « la Bonne Nouvelle » et autres, il est né et a grandi en terre africaine. Il a donc dit: « Je suis conscient qu’il y a sur cette terre des forces mystérieuses que je ne saurais expliquer, et je crois que si l’évangile n’était pas venu semer le doute dans la tête des gens, ces forces seraient encore plus puissantes. » Là où, personnellement, ça m’a accroché, c’est lorsqu’il a nommé une panoplie d’exemples de phénomènes que lui-même ou qu’un de ses proches a vécus. Cet homme, n’adhérant pas à ces croyances car provenant d’une famille très catholique, a dû admettre qu’il existait sur sa terre d’autres forces. Par respect pour son Dieu, il s’en confessait. Il a même admis que les dieux du vaudou (ici, il faut le prendre comme un synonyme d’animisme), étaient plus forts que le Sien et que les chefs catholiques eux-mêmes l’admettaient. La magie noire et la magie blanche, en sol africain, sont donc plus fortes que le Dieu catholique. Ce même aveu, toutefois, démontre pourquoi les gens adhèrent plus, maintenant, au Christianisme qu’à l’animisme. Ces forces très puissantes, ils (les Catholiques) les attribuent à Satan et leur propre Dieu représente pour eux le bien. Ils savent donc que ces forces sont bien réelles, mais ils n’adhèrent pas aux croyances qui y sont rattachées.

 

J’adorerais voir de mes propres yeux les phénomènes que je me suis fait raconter, mais je vais me contenter de les raconter à mon tour.

 

La femme de l’oncle de notre ami africain était malade depuis 3 ans. Elle faisait des visites incessantes à l’hôpital depuis 2 ans déjà et son mari avait dépensé des milliers de dollars (millions de francs CFA) pour tenter de la sauver. Un jour, il décida d’aller voir une dame qui guérissait les gens par le vaudou. Notre ami accompagna son oncle, par curiosité. Sa femme, trop malade, était restée allongée chez une amie d’un village voisin. L’oncle demanda simplement à la dame ce qu’avait sa femme et lui dit que l’hôpital n’avait rien trouvé, depuis maintenant trois ans. La dame alla dans la pièce voisine pour consulter les esprits des ancêtres. Elle agita un instrument de musique en métal et demanda aux esprits ce qui était arrivé à la malade. Les esprits répondirent, à voix haute parce que notre ami les entendit (jusqu’ici je me dis que peut-être quelqu’un était caché dans la pièce). Ils dirent que la femme s’était querellée avec une autre femme pour une question d’argent et que cette dernière était en fait une sorcière qui avait demandé l’aide de d’autres sorciers pour embêter son âme. Ainsi, toutes les nuits, des esprits malveillants s’empareraient de son âme et la balancerait de tout côté dans « l’autre monde ». Quand elle se réveillerait, la femme aurait toujours des douleurs un peu partout, et ce même si elle n’avait rien fait de la journée. Les ancêtres évoquèrent aussi une certaine date où la femme se serait faite renverser par une voiture. Les esprits mauvais l’auraient retenue pour l’empêcher de traverser aussi vite qu’elle le voulait. Tous ces détails, l’oncle n’en avait point informé la spécialiste vaudou. Ensuite, les ancêtres lui dirent qu’ils allaient l’aider. La guérisseuse, en fait, était elle aussi une sorcière, mais était la maîtresse de celles-ci, donc un peu plus puissante. Elle dit qu’elle connaissait les sorciers qui avaient jeté le sort à la femme et donc qu’elle savait quelles odeurs les esprits mauvais que ceux-ci avaient invoqués détestaient. Elle demanda à l’oncle d’aller dans la forêt et de ramasser toutes les feuilles qu’il trouvait intéressantes. Accompagné de sa femme, il lui rapporta un gros tas. Parmi elles, la sorcière en choisit quelques unes, qui correspondaient aux parfums recherchés, et fit un savon à base de ces feuilles. La femme devait donc se laver, les pieds sur les feuilles restantes, en utilisant ce savon et une petite serviette de matière naturelle. Elle est aujourd’hui guérie.

 

Un jour, la jeune soeur de l’Africain catholique est allée à un enterrement avec sa mère. La défunte avait été tuée, mais la coupable n’avait toujours pas été accusée. Au moment de mettre le cercueil dans le corbillard, les hommes n’arrivaient pas à le soulever. Ils étaient plusieurs et essayaient de toutes leurs forces de le soulever, mais celui-ci semblait ne pas vouloir bouger. Soudainement, ce dernier se souleva de quelques centimètres et se mit à bouger. Tout le monde le regardait, personne n’y touchait. Il se déplaça ainsi jusqu’à la maison de la meurtière et fit des mouvements de va-et-vient en cognant très fort sur la porte de la maison. La petite fille qui accompagnait sa mère avait tout vu et elle resta traumatisée un certain temps.

 

J’aurais plein d’autres exemples à raconter, mais je sais fort bien que nos esprits cartésiens resteront toujours sceptiques. Reste que tous, ici, s’entendent pour dire que des forces spirituelles très puissantes et mystérieuses habitent l’Afrique.

 

Pour conclure sur une note religieuse tout à fait différente, nous les avons d’abord choqués puis bien fait rire hier soir quand on leur a expliqué que chez nous, au Québec, on ne disait pas putain, mais plutôt tous les mots relatifs à la religion catholique. D’un accent bien prononcé, on leur a appris des séries toutes plus longues les unes que les autres de blasphèmes. Les entendre les répéter avec l’accent togolais: c’était trop drôle.

 

• • •

 

Voir une église gigantesque côtoyer de minuscules maisons de fortune, à peine la grandeur d’un cabanon de chez nous, faites de paille, de terre et de morceaux de tôle rapaillés, ça me rend triste. Voir des enfants émus de recevoir une bouteille d’eau de plastique vide parce qu’ils pourront l’utiliser pour aller chercher de l’eau au puit ou à la rivière, ça me rend trop triste. Voir ces enfants habiter ces maisons et aller dans cette église, ça me dépasse.

2 Thoughts

  1. Tu découvres différentes facettes du monde africain : de la température à l’alimentation, des coutumes aux croyances. À travers tes textes, je crois deviner que tout ça te remue les émotions. Tu peux mesurer encore plus l’écart des conditions de vie des êtres humains. Ça nous touche beaucoup de savoir que des enfants sont émus de recevoir une bouteille de plastique vide, alors qu’ici on ne sait plus trop quoi en faire de ces bouteilles. Malgré tout cela, on voit que tu rencontres des gens qui font des merveilles avec de petits riens, qui sourient à pleines dents et qui se sont convertis et mettent toutes leurs espérances dans la construction d’un monde meilleur. C’est une belle leçon de vie.
    En ce 24 décembre, je pense que ce serait bien pour nous ici, d’arrêter de courir, de revenir à la base et de participer vraiment à bâtir un monde meilleur pour tous et chacun. Pas besoin de flafla.
    Où que tu sois en ce 24 décembre, on te souhaite de connaître plein de beaux moments touchants et dépaysants. Joyeuses Fêtes.
    Suzanne et Alain.
    P.-S. : Comme toi, on est un peu dépaysé présentement mais dans un autre domaine. On connaît un mois de décembre record pour la chaleur. Il fait actuellement 16° C. La planète est vraiment chamboulée.

    Aimé par 1 personne

    1. En effet, tout ça me remue les émotions, mais vous avez tellement raison, on peut déjà changer les choses en changeant notre attitude, en revenant à la base. J’espère que vous avez passé de belles Fêtes et je vous souhaite une bonne année 2016!! Un peu de neige aussi! xx

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