Départ vers le néant


La Thaïlande fut savoureuse.                               

                                                            
Il est présentement 23:30. Je suis à Phuket, en Thaïlande, assise sur la banquette arrière du taxi qui me mène à l’aéroport. J’ai quitté ce matin mes amies de Montréal que je côtoyais depuis quelques jours sur l’île de Koh Phi Phi. On s’est laissées le coeur léger, sachant que nous allions nous revoir, mais le ventre gargouillant d’avoir trop avalé de piments. Nous avions voyagé près de deux semaines séparément, avant de nous retrouver ensemble, le temps de quelques Chang et de kayak sur l’eau turquoise qui entoure l’île.                               

                              
Nous sommes arrivées ensemble à Bangkok, où nous avons visité toutes sortes de temples, musées et marchés. Par la suite, elles ont pris la route vers le Nord, alors que je me suis dirigée au Sud, vers l’île de Koh Phangan. J’y ai fait de magnifiques rencontres, des gens avec qui j’espère profondément garder contact. Le fait de voyager seule, ça me pousse à aller vers les gens. Plus je le fais, plus je le réalise et l’apprécie. Au départ, pendant les premières heures, ou lorsque je fais un mauvais choix d’auberge, je remets ça en question. Au final, j’apprécie tellement ma liberté et toutes ces belles rencontres, que ces quelques moments d’adaptation me semblent bien anodins.                               

                              
J’ai ensuite pris le bateau pour Koh Tao, où j’ai recroisé plusieurs des connaissances que j’avais faites sur l’île précédente. J’ai décidé cette fois de profiter de l’île autrement. J’ai fait mon cours de plongée sous-marine en eaux profondes. Pour moi qui suis extrêmement craintive des créatures marines, c’est une grande fierté que je ressens face à cette peur surmontée. J’ai pu nagé avec des milliers de poissons et suis même allée explorer de près l’épave d’un bateau de guerre ayant appartenu à Sa Majesté Thaïlandaise.                               

                              
Finalement, après toutes ces aventures parsemées de décors à couper le souffle et d’anectodes croustillantes, je suis toujours dans ce taxi, qui se dirige à toute vitesse vers le terminal des vols internationaux de Phuket.                              

                   
Je décolle cette nuit pour Sydney, en Australie. Je vais y rejoindre demain, en après-midi, un ami que j’ai rencontré cet hiver au Nicaragua. On a voyagé une journée ensemble avec deux autres amis dans la capitale le lendemain de mon arrivée à Managua puis nous sommes recroisés dans une soirée alors que je venais de tomber par pur hasard sur ma coiffeuse de Montréal. Croiser deux fois la même personne en voyage, c’est presque comme revoir son meilleur ami, surtout lorsque tous les deux voyagez en solo. Je dois dire que le fait de revoir quelqu’un que j’ai vu 2 jours me semble un peu effrayant, au premier abord. Mais, pourquoi pas? On a plus ou moins planifié un roadtrip de deux semaines à partir de Sydney. Alors je me lance complètement dans le néant. Mon ami m’a dit qu’il m’attendrait avec une baguette à l’aéroport (stéréotype total d’une Française alors que je n’en suis pas une, mais j’ai rien dit parce que mon estomac a bien besoin d’une petite baguette de pain qui se conforme un peu aux normes d’hygiène de chez moi).          

                                                           
En tout cas, j’arrive dans le stationnement de l’aéroport. Je donnerai certainement plus de détails sur mon séjour excitant dans le néant sous peu!                              

                              
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Managua, la capitale nicaraguayenne

J’allais quitter la capitale, alors que j’ai appris que l’équipe de baseball de Managua jouait contre le meneur de sa division, ce soir. Alors pour 1,50$, j’ai acheté un billet. 
Je pensais que le stade serait plein, vu l’importance du match, son emplacement et le prix d’entrée. Le match commence dans 45 minutes et on doit être une vingtaine. Pour 18 000 places. 
Il se remplit peu à peu.
Près de mille partisans, une fanfare et plusieurs marchands offrant des plats typiques variés ainsi que différentes petites collations frites. Et de la bière.
De la bière, notre nouvel ami en a beaucoup trop bu. Nous sommes un petit groupe, donc il n’est pas inquiétant du tout, mais il sera notre amuseur de foule, divertissant tout le monde par son état d’ébriété avancé, ainsi que ses pertes de mémoire à très très court terme. D’abord en nous demandant à chacun au moins quatre fois d’où l’on vient, puis en nous disant que son unique frère joue à la fois sur le terrain, et vit au Canada, en Australie, en Allemagne et aux Pays-Bas… Il nous fait tous bien rire. 
Los Tigres, l’équipe meneuse, a remporté la partie n’accordant aucun point à son adversaire. Ses partisans étaient surexcités et chantaient l’hymne en choeur.
Enfin, après avoir visité la Plaza de la Revolución, quelques étendues d’eau polluées et regardé ce match, peu me retient ici. Je prends la route demain matin pour León.

Voyage à travers le pays de la diversité : l’Afrique du Sud

Voyage à travers le pays de la diversité : l’Afrique du Sud

Lorsque j’entends le mot Afrique, les mots désert et savane résonnent à mes oreilles. Étonnamment, en plus de sa savane riche en vie animale, l’Afrique du Sud comporte des régions que l’on pourrait facilement confondre avec différents décors de vignobles européens. Tout en verdure et en vins délicieux (et pas chers!), celles-ci m’ont complètement ébahie. Malheureusement, dans ce pays doté d’autant de beautés, jusqu’à tout récemment, les blancs infligeaient des atrocités aux gens à la peau noire. Malgré les changements effectués au niveau légal, cette autre forme de diversité n’offre toujours pas à ce jour une mixité équitable.

Les retrouvailles

Ce séjour en Afrique du Sud s’est déroulé juste après mes six semaines de bénévolat au Togo, en Afrique de l’Ouest. Toujours avec mon copain, mais cette fois également avec ma maman, le papa de mon compagnon et son petit (mais très grand) frère de treize ans, nous avons parcouru ce magnifique et très enrichissant pays, durant trois semaines, soit pendant la période des Fêtes. Nous n’aurions jamais pu rêver d’un plus beau cadeau que d’être ainsi réunis après tout ce temps séparés par un océan. Disons aussi qu’il y avait de l’émotion dans l’air, et de l’eau dans nos yeux, lorsque nous avons tous couru l’un vers l’autre avant de se sauter dans les bras à l’aéroport. Tous les deux, nous nous remettions tout juste d’une escale de vingt-trois heures à dormir sur le sol dans le bureau d’un agent de sécurité de l’aéroport du Nigéria, faute de moyens pour se payer la loge à touristes et avoir un lit décent, en plus d’avoir les mains vides, nos bagages étant restés coincés au Rwanda, lieu de notre seconde escale (où l’un de nos instruments de musique togolais a été soupçonné d’être une arme dangereuse). Nous étions enfin avec notre famille, alors tout ça, on s’en balançait complètement. (En plus, on venait de survivre à trois vols avec deux compagnies aériennes TRÈS douteuses, faute de moyens encore une fois, fallait célébrer ça aussi!)

La diversité des paysages

Au programme dans les jours suivants, nous avions plusieurs safaris. Dès l’aube et à la tombée de la nuit, alors que l’air était plus frais, nous embarquions dans le gros 4×4 non-grillagé et partions à l’aventure à travers les prédateurs les plus dangereux de la planète. Nous n’étions pas dans un zoo, mais dans leur habitat naturel. Je le cite parce que j’ai encore du mal à y croire. Dès le premier soir, nous sommes arrivés nez à nez avec des lionnes. Elles étaient couchées dans l’herbe tel un chat s’étendrait paresseusement sur un canapé. Seule nuance ici: elle pouvait bondir nous manger si l’on s’excitait un peu trop. Quelques jours plus tard, alors qu’il faisait nuit, deux lionnes encore, mais cette fois traversant la route juste devant nous, accroupies, prêtes à bondir sur la gazelle se trouvant à notre droite. Puis, un beau matin, nous avons pu observé un petit oiseau posé tout bonnement entre les deux cornes d’une gigantesque girafe préoccupée à mâcher des feuilles. Les girafes de la savane n’avaient rien à voir avec mon souvenir d’elles au Parc Safari. Je ne sais pas si c’est dû au fait que nous nous sommes approchés très près d’elles, mais chacune me paraissait plus géante que la précédente. Au cours de ces safaris, j’ai également réalisé l’un de mes rêves, soit celui de voir des rhinocéros. Ces grosses bêtes sont sans équivoque les descendantes directes des dinosaures. J’avais l’impression d’avoir été transportée à une autre époque tellement le troupeau se trouvant devant moi me paraissait irréel. Finalement, un bel après-midi, nous avons eu la chance d’observer un éléphanteau. Il était né la veille. Nous en avions la preuve parce que lors de notre safari le jour précédent, nous avions vu le placenta tout frais au sol. Au milieu de sa famille nombreuse de géants, le bébé avançait, encore fragile et hésitant. J’avais tellement envie de me lever pour me coucher en petite boule contre lui et le flatter (n’importe quelle fille dirait la même chose!). Le hic: nous étions apparemment déjà assez près d’eux. D’un coup, les plus costauds du troupeau se sont tournés vers nous, leurs défenses pointant le 4×4, prêtes à le renverser. Ils avançaient vers nous en faisant vibrer le sol. Calme, notre chauffeur a reculé et nous a expliqué qu’il fallait simplement respecter la zone de confort de l’animal, ce que nous avons fait et qui a fonctionné. Même dans la savane, tout est une question de respect. Je trouvais la leçon belle à retenir, enseignée par une bande d’éléphants, en boni. Il y a aussi cette fameuse anectode, se déroulant alors que nous mangions tranquillement dans un petit resto. Dans le stationnement, se dirigeant vers les poubelles, tel un raton-laveur si la scène s’était produite chez nous, rien de moins qu’un hippopotame. Cette immense boule qu’on peut confondre à une roche lorsqu’il laisse griller le dessus de son dos à l’extérieur de l’eau. On le confond aussi à une grosse boule inoffensive… suffit d’aller voir sur Google la taille que prend sa mâchoire ouverte alors qu’il expose ses longues dents afin de comprendre pourquoi il est le prédateur le plus meurtrier d’Afrique.

Dans le même pays, mais dans un décor beaucoup moins aride que celui de la savane, nous nous sommes rendus dans l’un des fameux vignobles sud-africains. Personnellement, plusieurs de mes vins préférés proviennent à peu près tous de cette région, alors j’étais à l’apogée du bonheur. Nous avons pris part à une dégustation, au milieu d’un décor féérique aménagé avec soin. Nous devions goûter une viande ou un fromage, sentir, boire, etc. pour faire ressortir les arômes et saveurs de chaque vin. J’ai adoré. Ce que j’ai trouvé très bien, aussi, c’était la dégustation adaptée à notre compagnon de treize ans. Lui, il goûtait les vins avec différents chocolats épicés. Rien de mieux pour les lui faire apprécier.

Çà et là sur notre route, d’immenses plages sauvages de sable blanc comme neige enjolivaient le paysage déjà sublime. Puisque la plupart de ces plages donnent sur l’océan Atlantique, elles étaient presque toutes désertes, l’eau étant trop froide. En tant que Canadiens, ce n’est pas le froid qui nous effraie. Au contraire, nous étions tous en sueurs. Nous avons plongé à travers les vagues, sous les cris des oiseaux. Nous avons glissé sur les dunes de sable et joué au bacon en lisant des livres. Je vis, littéralement, pour ces paradis isolés.

Tous ces paysages, bien que très différents et difficiles à s’imaginer tous à travers un même pays, se côtoyaient à merveille, et contribuaient tous, à leur façon, à notre émerveillement. La diversité de couleurs de peau, elle, ne m’a pas procuré le même sentiment.

La diversité: blancs versus noirs

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Pour commencer, à notre arrivée à Johannesburg, nous avons visité le musée de l’apartheid, que je suggère d’ailleurs à tous. Il est moderne et trés interactif. La souffrance des noirs causée par le racisme pervers des blancs nous est communiquée de multiples façons, nous plongeant dans leur peau le temps d’un instant, ou presque. Dans le musée, on voit les images des médias montrant, en couleurs, les noirs s’armer de bouts de bois et de cailloux contre les blancs, armés jusqu’aux dents, qui tirent à l’aveugle. Je ne veux pas faire de ce texte un cours d’histoire abrégé, mais j’espère donner envie d’aller s’informer (puisque c’est si facile avec Internet) sur le sujet. Ça change les perceptions et ça nous fait réaliser à quel point tout est fragile, rien n’est acquis. Parce que cette histoire est beaucoup trop jeune.

Durant notre séjour à Johannesbourg, nous avons vu des bidonvilles à perte de vue, composés de maisons de fortune, nouvellement équipés de quelques toilettes, parfois, et habités par des noirs, toujours. Nous avons habité dans de jolies maisons, entourés de blancs, seulement. Dans ces beaux quartiers, au milieu des boutiques Louis Vuitton, Chanel et Prada, des noirs ramassent le recyclage, sur des chariots improvisés. Ils parcourent la ville et vont porter leur cueillette au centre de tri où on leur donnera un peu d’argent, en échange. Dans les hôtels où nous avons dormi, des noirs y travaillaient. Quand nous nous arrêtions s’acheter quelques grignotines pour la route, parfois, nous nous arrêtions dans des quartiers habités par des noirs. À tout coup, les jolis trottoirs bordés de fleurs laissaient place à un accotement de sable, les maisons spacieuses, aux petites bâtisses et leur toit de tôle. L’inégalité, elle se ressentait et se voyait. Nous nous faisions regarder, mais gentiment, comme le font dignement tous les Africains noirs que nous avons croisés. S’ils nous avaient fait subir ce qu’ils ont vécu, je mettrais ma main au feu qu’on ne ferait pas preuve de la même politesse. Le message de Mandela, lui-même emprisonné par les blancs pendant 27 ans pour avoir défendu les siens à voix haute, était d’ailleurs de pardonner. Dans ses propres mots: « Forgiveness liberates the soul. It removes the fear. That is why it is such a powerful weapon ». Si les noirs n’avaient pas pardonné aux blancs, l’Afrique du Sud serait fort probablement en guerre civile, encore aujourd’hui.

Respect au peuple noir d’Afrique du Sud qui a pardonné malgré la souffrance. Tel Mandela dirait, savoir pardonner est la plus grande force dont un être humain puisse faire preuve.

Lors de notre voyage en terre sud-africaine, nous avons eu la chance de faire quelques rencontres intéressantes, et bouleversantes. L’une de ces rencontres, c’est mon beau-père qui l’ait faite. Il a eu l’audace d’aborder le sujet de l’apartheid auprès d’un homme blanc. Son récit.

« Nous nous retrouvons dans la piscine avec une jeune famille, blanche évidemment, car nous sommes dans un hôtel assez luxueux. Le père joue dans l’eau avec son fils, sous le regard attendri de sa femme et sa fille. Nous échangeons quelques sourires et phrases en guise de politesse tout en tentant, en vain, d’éviter les éclaboussures des plongeons du jeune garçon. La mère est originaire de Toronto, alors que le père, dans la quarantaine avancée, est Sud-Africain. J’aborde avec une légère hésitation la question de l’apartheid: comment avez-vous vécu et surtout grandi pendant cet événement historique? Je fais attention pour ne pas qualifier l’événement et faire état de mon indignation. L’homme me répond sans hésitation: la transition s’est faite beaucoup trop vite et on subit encore les inconvénients économiques de leur prise en charge de la politique du pays. La réponse qui me vient immédiatement est: j’espère que vous réalisez que la richesse économique ne se compare en rien à la richissime valeur de la liberté! Cette pensée m’est venue à l’esprit, mais, malheureusement, je suis resté sans voix. »

Il faut plusieurs générations pour changer des mentalités. Faisons notre part maintenant.

Gili alias paradis

Gili alias paradis

Gili Trawagan, en Indonésie, est connue pour être une île de party. En effet, lorsqu’on débarque du bateau, tout ce que l’on voit, ce sont les bars, restos et boutiques à perte de vue sur la rue principale qui longe la plage. Curieux de voir au-delà de cette première impression, un bel après-midi, nous avons loué une bicyclette et entrepris de faire le tour de l’île, qui se fait facilement en moins de trois heures.                                                                  

Nous avons longé la mer, suivi la route jusqu’à ce qu’il n’y en n’ait plus, puis sommes atterris au paradis, littéralement.              

                               

Une plage infinie et déserte se dressait devant nous, bordée de quelques petits endroits joliment aménagés pour prendre un verre. Nous nous sommes arrêtés. Avons observé le soleil se coucher sur l’océan et les quelques volcans formant l’horizon. La mer devant nous était calme, claire et peu profonde sur des dizaines de mètres. Tout habillés, nous nous sommes assis dans l’eau, jusqu’à la tombée de la nuit. Lorsque le ciel est devenu trop sombre, nous nous sommes dirigés vers la plage. À peine les pieds posés sur le sable, des cracheurs de feu ont commencé un effroyable, impressionnant numéro. Tout était digne d’un film, chaque détail de chaque instant. Tout était parfait.     

                                        

Sur le chemin du retour, alors que nous prévoyions aller se changer à la chambre, nous avons entendu des gens jouer de la musique et chanter. Nous nous sommes regardés et sommes revenus sur nos pas. Avons posé nos vélos et nous sommes assis dans le petit cercle qu’ils formaient. L’un d’eux tapait sur un tam-tam, un autre chantait et jouait de la guitare. Les autres écoutaient, appréciaient. Ils avaient des « dreadlocks » qui pendaient jusqu’au sol. Le chanteur nous a accueillis en souriant, a même joué un morceau en français. Quand nous nous sommes levés pour reprendre notre route, l’aurevoir n’avait rien à voir avec ce dont nous avons la coutume. Pas de serrement de mains, pas de bise, pas d’ajout sur Facebook, seulement un « thank you for the moment guys », répondue par une main portée au coeur. Quelques minutes de pure simplicité, de sincérité et de respect, tout simplement. Nous avons goûté un petit peu au quotidien des locaux habitant l’île. Cela nous a permis de mieux comprendre ce qui nous entourait, d’apprivoiser ce rythme de vie, typique des îles, qui se réjouit de peu et n’en demande pas plus. Par ailleurs, partout sur l’île de Bali, les gens partagaient des valeurs semblables à celles de ce petit groupe. Nous avons ressenti le même accueil chaleureux à tous les endroits où nous sommes allés.       

                                         

Les sourires sincères qui font plisser les yeux, les éclats de rire tout sauf moqueurs à nos petites erreurs de touristes et le respect, provenant du fond du coeur, c’est ce dont je me souviendrai toujours de Bali et de Gili Trawagan. Les belles plages, l’eau claire, les chutes d’eau et les volcans, ce sont les petits plus. L’ensemble, selon moi, c’est le paradis.     

L’Australie

L’Australie

Je suis actuellement en Australie. Depuis bientôt 3 mois. Dans un 1 1/2. Au coeur d’un quartier chaud (dans tous les sens du terme) de la ville de Brisbane.                        

                                                       

J’aimerais faire rêver en détaillant les plages, les vagues et les surfeurs bronzés. Toutefois, il se trouve que je suis principalement venue jusqu’ici pour travailler. Le salaire minimum étant plus du double de chez moi, je me suis dit que le détour en valait la peine pour me donner un élan vers le reste du monde. En bonus: perfectionnement de mon anglais.    

                                                  

Trois mois plus tôt                  

                                                   

Départ d’Afrique du Sud. Aux revoirs à la famille. Escale à Sydney. Arrivée à Brisbane.              

                                  

Il est environ minuit. On prend le train vers le centre-ville à partir de l’aéroport. J’avais spotté une auberge de jeunesse pas trop chère mais on n’est plus trop trop sûrs de l’arrêt à prendre alors on se trompe de station. À la sortie, on suit une p’tite gang de filles en backpack. Comme de fait, on aboutit dans une auberge. Parfait. Un peu dernière minute, on se ramasse dans une chambre sans air climatisé. Avec l’humidité de ce pays, j’ai bien beau être fraîchement sortie d’Afrique, c’est insupportable. Je passe par-dessus le désagrément en observant une jeune asiatique dans la vingtaine installer pour la nuit toute sa collection de poupées et leurs petits accessoires, qui s’agencent avec sa valise, sa brosse à cheveux, sa couverture, sa trousse, et j’en passe.               

                                          

Trois nuits et un changement d’auberge plus tard, on déménage dans notre 1 1/2. Dormir dans un lit superposé avec quinze autres personnes à partager une toilette et toutes sortes d’odeurs, fallait pas que ça dure longtemps. Alors nous voilà, après trois jours de recherche d’appart et de job. Le quartier est vraiment sympa. Il y a des spas, ici appelés salons de massage, ouverts que la nuit, pratique pour les travailleurs, pourquoi pas. Il y a des goons un peu partout devant des portes. Et de la police à tous les coins de rue. Et puis il y a des gens un peu saouls assis autour de la station de métro, mais bon, j’en retiens que la station est à une minute à pied. Super quartier, qui me fait bien rire. C’est ici que sont les appartements les moins chers en ville et c’est ça l’important.                            

                                               

Après quelques petites expériences plus ou moins fructueuses, je me trouve finalement un emploi, deux semaines plus tard. Mon copain viendra m’y rejoindre après sa propre expérience poche. Ambiance super, salaire super, des heures à volonté, on travaille ensemble, on sert du poulet et des sandwichs et on a l’impression de vivre the dream.                          

                                                 

Métro (bus), boulot, dodo pendant 3 mois. Je ne m’attendais à rien de plus de mon aventure, excepté le perfectionnement de mon anglais, comme je l’ai mentionné précédemment, mais j’ai appris à connaître un autre peuple et je suis tombée en amour avec lui.           

                                        

À mon grand étonnement, l’Australie, par sa simplicité du quotidien, sans ses déserts, ses plages et ses kangourous, m’a conquise. Les gens m’ont conquise également. Je me suis sentie chez moi dès les premiers jours. Ce qui m’a frappé, c’était l’approche amicale de tout le monde. La coutume en Australie est d’aborder l’autre en le surnommant mate. Que ce soit adressé au client à l’épicerie, à la serveuse au restaurant, à un agent de sécurité ou à un ami, ce mot semble toujours approprié. Au milieu d’une foule, il faut se couvrir les yeux et apprécier l’entendre résonner en écho. Je crois que ça en dit long sur l’ambiance chaleureuse du pays. C’est relax, les gens, polis, et le ciel, constamment bleu. Au cinéma, on se croirait dans notre salon avec des amis tellement les gens rient aux éclats. Au centre-ville, il y a une piscine avec fond de sable, une plage artificielle ouverte 24 heures sur 24 au beau milieu des gratte-ciel, de palmiers, d’espaces verts et de restos.           

                                             

Ma conclusion de cette expérience alors que je m’apprête à m’envoler vers la paradiasique île de Bali: j’ai maintenant un autre chez-moi à l’autre bout du monde, un endroit où vraiment, je peux fermer les yeux et être comblée de bonheur. Le travail, les cours de yoga juste après et un compagnon encore plus extraordinaire que je n’aurais pu me l’imaginer ont probablement aidé aussi.                      

                                                

Description cocasse de l’intérieur du 1 1/2                                 

                                                     

Premièrement, ça venait avec un lit, des rideaux, deux ronds de poêle, un micro-ondes, une casserole, un mini frigo et une mini télé. Et surtout l’air climatisé, alors on n’a pas chialé. Pendant un de mes essais pour un travail, Renaud nous a acheté deux couteaux, une cuillère, deux fourchettes à trois dents et deux pots de fleurs (il a enfin avoué deux mois plus tard qu’il s’agissait de pots de fleurs et non de verres mais que c’était tout simplement moins chers; c’était un peu dur de nettoyer le fond alors on a fini par s’acheter des vrais verres). Ce soir-là, il a aussi tout nettoyé la pièce, installé notre drap sur le lit et mon sac de couchage momie dézippé en guide de couverture. J’ai presque pleuré en revenant tellement j’étais contente et tellement il me faisait rire avec ses économies dans la vaisselle (j’ai oublié de mentionner qu’il avait aussi acheté deux assiettes en plastique qui nous ont toughé deux semaines et demi, un couteau dont le manche était brisé et qu’il a tapé à la lame et une planche à découper fendue: trop fort, si vous saviez combien ça nous a fait économiser, ces accessoires usagés). Ça fait maintenant deux mois et demi qu’on se partage la planche pour manger et qu’on utilise les couvercles des contenants takeaway du resto indien d’à côté (j’aime trop le butter chicken alors on en a plein) parce qu’on n’a plus d’assiettes (j’ai pensé en acheter, mais pour le temps qu’on restait ici, c’était pas mal plus économique et rigolo de continuer ainsi). Finalement, pour couronner le tout, il y a notre superbe déco d’appartement. Quand je suis revenue de mon essai, ce soir-là, il avait collé au mur en guise de toiles nos bandeaux à cheveux. Et mon grand foulard rose servait de tête de lit. Et un coquillage qui traînait dans mes bagages était déposé aux côtés du robinet de la salle de bain (80 cm x 200 cm) pour une petite ambiance zen dans la demie du 1 1/2. Trop drôle, ce premier appartement.        

                                                      

Avis à tous globe-trotters: dormir sans oreiller, entasser des vestes de laine et cotons ouatés dans une taie d’oreiller ou économiser en achetant des minis coussins à sofa au lieu d’investir dans de vraies oreillers ne sont pas des solutions à long terme.

Apprendre, un besoin vital

  
Au Togo, les parents font tout en leur pouvoir pour envoyer leurs enfants dans les écoles privées, c’est le seul moyen de leur assurer une éducation potable.                                                      

Dans un établissement privé, les classes peuvent compter une soixante d’élèves. « C’est bien mieux qu’au public », qu’on me dit. Là-bas, on peut compter jusqu’à, quatre-vingt, voire cent élèves par classe aux niveaux primaires et secondaires. (J’ai déjà abordé le sujet déroûtant des universités dans un texte précédent.) Les enseignants de français y utilisent, malgré eux, une grammaire de 1952 à titre de référence pour organiser leurs cours, mais au public, il n’y a simplement pas de référence.                 

                                                

Libre à vous d’imaginer la situation dans ces écoles, celles qui sont publiques. Parfois, le professeur ne se présente tout simplement pas. Ou alors il perd le contrôle de son groupe bruyant. Dans les deux cas, les enfants retournent à la maison, n’apprennent rien pour la journée. 

                                            

Tous les soirs, j’allais chercher un petit groupe de filles orphelines à l’école publique du quartier. Je les raccompagnais à l’orphelinat et les aidais avec leurs devoirs. Tous les soirs, j’arrivais à l’école et c’était le chaos. Je pouvais entendre crier les enfants dans les classes et ils sortaient par centaines en courant dans tous les sens lorsque la fin des cours était annoncée. Ensuite, c’était le chaos dans les leçons aussi, car elles n’avaient manifestement reçu aucun soutien de la part de leur enseignant.    

                                       

Pour les parents, toutefois, ce n’est pas évident d’obtenir pour leurs enfants une éducation de qualité, d’y avoir accès.                    

                                        

                           •                  

                                                

Du confort de mon appartement australien, ce matin, un frisson me traverse. Mes yeux s’emplissent de larmes.                                    

                                           

Dans ma tête, je revois en boucle cette scène s’étant déroulée il y a quelques mois, au Togo.              

                                                

Il est 6h20. L’air est encore frais, on est bien. Je me dirige vers l’école où j’assisterai le professeur d’un groupe de première année. Je ferai de l’observation aujourd’hui, prendrai quelques notes pour voir comment la classe fonctionne et ce que je peux leur apporter. Sur mon chemin, les enfants en uniforme me saluent en sautillant dans tous les sens. Je les entends en écho crier « yovo, yovo, bonsoir », ce qui veut dire « blanche, blanche, bonsoir ». Et puis, quand j’entre dans la cour de l’école, les petites sautent pour attraper l’un de mes cheveux non-frisés de blanche en me souhaitant la « bon arrivée tata » (il est à noter que tata veut dire professeure et non niaiseuse dans leur langue maternelle, le héwé).                                         

                                          

Les enfants de mon groupe sont si petits. Ils ont 5 ou 6 ans. Lorsque le maître leur demande d’écrire le son po, en lettres attachées, sur leur carré d’ardoise, ils s’appliquent. La langue sortie parfois, on voit bien qu’ils veulent réussir. Le maître frappe le sol de trois coups de bâtons. Au dernier coup, tous doivent montrer leur ardoise au maître.                               

                                               

Salem, lui, a une ardoise tellement défraîchie qu’on arrive à peine à lire ce qu’il a écrit. Il reçoit un coup de bâton dans le dos. Avec un petit morceau de tissu, il avait beau frotter son ardoise très fort, il lui en aurait fallu une nouvelle. À lui et à plusieurs autres élèves.                          

                                              

Sa voisine de pupitre, elle, a visiblement un retard sur ses camarades. On lui demande de se lever et de répéter le son po. Elle bégaie. « Ses parents ne parlent jamais français avec elle à la maison », me dit son enseignant, d’un accent très fort. Lui non plus, il ne parle visiblement pas français à la maison. Mais la petite se fait pincer la joue. Elle essuiera les larmes coulant involontairement de ses grands yeux et, pendant quelques heures, elle restera silencieuse.                             

                                          

Puis, Rebecca est montrée en exemple, car elle a bien fait. Tous lui chantent en choeur la fameuse chanson qui résonne dans chacune des classes togolaises: « Ouiii c’est magnifique, c’est super, c’est joli! ». Les élèves tapent dans leurs mains et font plein de pouces en l’air en direction de leur camarade. Ça me fait sourire rien que de me remémorer leurs petites voix aiguës et les yeux brillants de l’élève qui a réussi.                                     

                                             

Le directeur entre dans la classe. Tous se lèvent.                      

                                              

– Boooonjour moonsieur.

– Bonjour les enfants, vous allez bien (il me lance un regard complice au fond de la salle)?

– Ça va trèèès bien, meeerci, eeeeet vous?

– Ça va très bien merci. Asseyez-vous maintenant.                

                                               

Puis il commence à nommer des élèves. Ces élèves se lèvent en pleurant et quittent vers la cour. Certains tentent de se justifier, entre deux sanglots. « Maman est venue ce matin », disent d’autres, tout contents. Parfois le directeur rétorque en leur disant qu’elle n’a toutefois pas payé le montant complet.                                 

                                                      

En effet, j’avais remarqué beaucoup de va-et-vient dans le bureau du directeur ce matin. Des parents lui apportant 5000 francs CFA (10$ CAD), lui promettant d’apporter le reste au soir.           

                                             

Le cours continue, il ne reste que quelques enfants dans la classe. Les élèves nommés doivent se rendre chez eux, quitter l’établissement.                    

                                         

Je sors de la classe. Je veux comprendre. Une petite de mon groupe pleure dans son coin. Je m’accroupis devant elle, elle se cache un peu de peur que je la dispute. Je l’assure du contraire, qu’elle peut me parler, me faire confiance. Son frère, à peine plus âgé qu’elle, me dit, regardant au sol, « maman n’a pas payé les cours ». Je regarde autour de moi, plus de la moitié des élèves de l’école sont dans la cour. Et je comprends maintenant pourquoi. 

                                         

Je me suis informée dans les jours suivants sur les frais de scolarité pour fréquenter cette institution privée. Les parents paient trois trimestres de 30 000 francs CFA, soit un total de 180$ CAD par année. Chez nous, c’est souvent ce que l’on dépense pour l’épicerie d’une semaine. Ou pour un ou quelques morceaux de linge.                   

                                           

À son âge, elle n’aurait jamais dû avoir à se soucier de cela. Ç’a m’a frappé au visage et ça me travaille toujours.                                   

                                              

Plus j’y pense, plus j’en retiens le désir de ces enfants de fréquenter l’école. C’est vital pour eux.             

                                         

Apprendre, un besoin vital… Personnellement, ça me fait réfléchir.                     

La chance dans la malchance

  
Notre miniature voiture compacte, une Dia Tsu, Toyota version cheap, faisait difficilement 300 kilomètres par plein d’essence. On avait beau rouler en pépé, impossible de faire mieux. Arrivés à Wellington, on s’est donc rendus à l’une des branches de notre compagnie de location. Sans problèmes, en après-midi, il fallait revenir et on nous transférerait de voiture, pour une meilleure, en plus. Alors on a décidé d’aller magasiner un nouveau maillot de bain à notre ami, parce qu’on avait jeté le sien la veille tellement il faisait pitié.     

                   

On se stationne devant une boutique typique d’objets indiens. On marche. On mange. On fait quelques boutiques. On cherche un barbier pour mon copain qui en a bien besoin (pour ses amis proches, j’ajouterais que sa tchass était b8). Pour faire changement, ils sont tous fermés, évidemment. Alors on se rend à la voiture. Pas de clé. On fouille chacune de nos poches, chacun de nos sacs: pas de clé. On fait le tour de tous les magasins où on est passés: pas de clé. On refait notre trajet, regarde sous les bancs, au sol: pas de clé. C’est là qu’on se rend à l’évidence: on a perdu notre clé. Notre ami reste avec le véhicule en garde du corps pendant que mon copain et moi nous rendons à la compagnie de location en taxi. Plus de clé… ça va bien nous coûter 200$ tout ça. En arrivant, c’est une grosse claque au visage qui fait mal que l’on reçoit. On doit faire faire une clé et attendre qu’ils la reçoivent pour procéder au transfert de voiture ou, tout simplement, pour continuer notre route. Reste 2 semaines au voyage. On a réservé un traversier pour le soir. La fameuse clé contient une puce. Cette puce est propre à Dia Tsu et doit être faite par la compagnie elle-même… au Japon. La claque sur l’autre joue: tout ça coûte 800 piasses.       

                       

Je décide de retourner en ville faire le tour pour une énième fois des boutiques où nous sommes passés.              

                          

En arrivant, je remarque que notre ami discute avec le propriétaire de la boutique d’objets indiens. Que celui-ci lui prête son iPhone pour nous aider à changer notre réservation de traversier pour une date ultérieure. Que celui-ci lui offre, et m’offre, un Coca-Cola et des biscuits. Que celui-ci nous invite à passer la nuit chez lui.      

                                    

C’est ainsi que nous avons abouti, trois jeunes Québécois, dans la grande maison d’un Fidjien néo-zélandais, directeur exécutif d’une école de film, professeur d’université en gestion et propriétaire d’une petite boutique d’objets indiens, sa « mid-life crisis », comme il l’appelle. Pâtes aux fruits de mer, verre de Chardonnay, douche chaude, lit King (avec oreillers, un luxe), lavage gratuit, pain maison encore chaud tout frais sorti du four au petit-matin… Est-ce qu’on aurait pu demander mieux? Non. Il a même offert à notre ami Olivier de l’héberger chez lui lorsqu’il reviendrait travailler à Wellington pour quelques mois. Ce n’étaient pas des paroles en l’air car au moment où j’écris ces lignes, Olivier dort dans ce fameux lit King avec oreillers.             

                             

On a fait des recherches de notre côté et trouvé une compagnie fabriquant la fameuse puce au tiers du prix.                       

                      

Comment une mésaventure peut se transformer en aventure formidable.